10 février 2011

paru aux éditions Barzakh

PAPICHA Des ballerines de Papicha

de la jeune Kaouther Adimi est un roman frais, digeste qui se lit d’un trait. Au contenu, certes amer, tristounet, mais laisse entrevoir un je-ne-sais quoi d’ une petite fente donnant sur la légèreté et la naïveté d’une fleur candide à suivre de près. Des ballerines de Papicha suinte la désillusion, aspire le quotidien morose des gens ordinaires. On y plonge la tête baissée dans ses pages que l’on lit mi-intrigué mi-amusé. Blessure, meurtrissure, déconfiture et mélancolie mais aussi et surtout la soif de vivre et la vie devant soi chante ce roman de 150 pages édité récemment chez Barzakh

PRIX 760 DA 

 

 

 

 

LA_CHAMBRE   La chambre de la vierge impure

 « À seize ans, on m’a embarqué dans un camion et je me suis retrouvé dans un camp d’entraînement islamiste. Il y avait une fille, Laya. Une fanatique, une rebelle. Elle était séduisante. Elle ressemblait à ma cousine Sultana, celle qui criait « Suce-moi les seins! Suce-moi le sein ! » quand nous faisions l’amour. Sauf que Laya ne voulait pas faire l’amour avec moi. Elle préférait écouter mes histoires. Le soir, nous fumions le haschich et je racontais.

 

Parfois, des tirs éclataient. Des choses se sont passées en Algérie, je crois. Des émeutes, des séditions. Moi, je fumais et je racontais. Les mêmes histoires et pourtant chaque fois différentes. Dans mon village, on m’appelait « le poète ». Je tenais ça de mon père, qui avait œuvré toute sa vie à traduire le saint Coran en berbère, la langue de l’amour et des oiseaux. Mon père était un fou. Comme moi. Poète et fou, c’est pareil. »

Amin Zaoui chante l’amour des femmes et celui des livres, la passion des histoires. Mais La chambre de la vierge impure est aussi un livre de résistance. Dans la fumée psychotrope, les récits qui s’enchâssent ont l’étrange vertu de renvoyer à l’état de fable ce qui est bien réel : une Algérie confrontée à l’intolérance et à la violence.

PRIX 600 DA 


L_homme_qui_n_existait_pasL’homme qui n’existait 

Edité chez Barzakh comme d’habitude, l’écrivain laisse sa colère traverser ces 165 pages avec une verve remarquable. Agencées en genre littéraire, ces sept nouvelles à l’âme pamphlétaire s’érigent contre le mal de la société qui jette aux bas-côtés des individus que le reste du monde semble avoir abandonnés, rejetés...Les personnages décrits dans ce recueil sont meurtris dans leur chair, sans aucune illusion, désabusés, ternes ou mornes.

La vie ne leur a pas fait de cadeau. Ou si! un peu quand même, pour venir le leur reprendre après. Une tragédie. Présenté en début de semaine, à l’espace Noun, l’éditrice Selma Hellal soulignera le côté puissant et la force imaginative de Habib Ayyoub décrivant un univers subversif. Ce dernier fera remarquer, à juste titre, qu’arrivé à l’âge adulte, on encaisse les déceptions en tentant, pour certains, de changer le monde, qui en écrivant des poèmes, qui par la littérature. Cet amoureux de Garcia Marquez dira que «la littérature permet des échappées ubuesques qui se rapprochent de la réalité». Comme est-il écrit ici, sur les «losers», ou mis en scène tel souligné par Selma Hellal «ces sans-grades», ces gens qui ont touché un moment le bonheur ou regrettent-ils un instant ne pas avoir fait un effort et se disent: «J’aurais dû peut-être...». Habib Ayyoub répond à la responsable de Barzakh qui semble s’attarder sur le côté pamphlet de la chose. L’auteur confie: «Mon écriture est une sorte d’exutoire.» Dans ce recueil, en effet, tout est gris, mettant en scène des hommes qui se sont frottés à l’amour et en sortent abîmés. Des «saynètes théâtralisées très visuelles», affirme-t -on rehaussent l’écriture de cet homme dont la veine cinématographique ponctue indubitablement et clôt de façon majestueuse ce tableau quelque peu poussiéreux à la dernière nouvelle, mais cette fois, de belle façon...

prix 600      

                                                                        

quand_la_ville_dort Alger, quand la ville dort 

L’intitulé du recueil de nouvelles collectifAlger, quand la ville dort (Barzakh, décembre 2010) évoque le titre français du célèbre «The Asphalt Jungle» (1950). Ce clin d’œil au film de John Houston, avertit toutefois l’éditeur, n’est qu’un prétexte pour «raconter cette ville, loin des poncifs» qui, trop souvent encore, la représentent en magnifique statue regardant distraitement la mer, indifférente à ses béantes fissures.

Sept auteurs algériens ont laissé libre cours à un imaginaire dans lequel il n’est nulle trace de l’Alger des photographes orientalisants, ni de sa «Casbah millénaire», arpentée par les spectres des corsaires ottomans qui l’ont jetée dans l’arène de l’Histoire moderne. Ce qui lie entre eux les textes du recueil n’est donc pas la nostalgie d’un éden citadin perdu mais une même atmosphère chargée, qui évoque le roman noir et sa perception anxieuse de la vie urbaine souterraine, avec ses violences diverses et ses petits crimes ordinaires.

PRIX 1000 DA 


Posté par hichemus à 23:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur paru aux éditions Barzakh

Nouveau commentaire